DEUXIEME COURS DE PALEOGRAPHIE
sur une idée de Stéphane POUYLLAU
(étudiant en Licence à l'Institut d'Histoire de l'université Michel de Montaigne - Bordeaux 3)
15 novembre 1996


Les choses vont se compliquer, cette fois-ci. Que voulez-vous, on ne peut rester dans la facilité éternellement (hum, hum !).
Le document qui suit est extrait d'une lettre daté du 10 octobre 1764, relative à une procédure judiciaire qui a été intentée contre un particulier. Cette lettre est adressée par le subdédélégué à l'Intendant du Languedoc, qui est son supérieur hiérarchique (d'où l'utilisation du "Monseigneur"):

1754

Comme on peut le voir, ce type de document diffère par son écriture de l'exemple du cours précédent: elle est un peu plus "brouillon".
En voici la transcription :

  • Le juge avoit, Monseigneur, suspendu
  • le jugement de cette procedure à la priere du
  • curé de la d. ville, homme de bien, qui
  • voyant que c'étoit un cas malheureux vouloit
  • avoir le tems d'en Solliciter la grace. J'ay
  • dit à ce juge de la part de M. le garde des
  • sceaux de surceoir Ce jugement jusqu'a
  • nouvel ordre.
Ce nouveau texte appelle quelques remarques :
- la présence de l'ancien français commence à apparaitre dans la conjugaison des verbes, il faudra vous y habituer: "avoit" pour "avait", "c'étoit" pour "c'était" et "vouloit" pour "voulait". On constate aussi des rudiments de ponctuations;
- certaines lettres sont largement "développées", comme le "g" de "juge" (deuxième mot de la première ligne), ou celui de "Monseigneur" (quatrième mot);
- d'autres sont plus ou moins semblables: on le constate pour deux lettres: le "v" et le "u" comme dans
ville pour "ville" et un pour "un" (nous aurons l'occasion de retrouver cet isomorphisme);
- on remarque certaines accentuations:
a pour "à la priere" (remarquez au passage la forme du "p" de "priere");
- et même une erreur du scribe:
jug pour "Le jugement" ou "Ce jugement" (la seconde solution semble plus logique);
- enfin le texte présente une petit difficulté:
m. Il s'agit ici du Garde des Sceaux. Il serait donc logique de transcrire "M." par "Monseigneur", mais cette abréviation est aussi employée pour "Monsieur". En fait, il faut toujours se demander si la personne qui est ainsi désignée est supérieure, hiérarchiquement parlant, au statut social de l'auteur du document. Ce qui est évidemment le cas ici.
Voici un exemple de transcription "pour publication":
  • Le juge avoit, Monseigneur, suspendu
  • le jugement de cette procédure à la prière du
  • curé de la d(ite) ville, homme de bien, qui
  • voyant que c'étoit un cas malheureux vouloit
  • avoir le tems d'en solliciter la grâce. J'ay
  • dit à ce juge de la part de M(onseigneur) le garde des
  • sceaux de surceoir ce jugement jusqu'à
  • nouvel ordre.
Remarquons au passage que dans notre transcription, nous n'avons fait aucune correction particulière (à part pour les accents). Mais il arrive parfois que l'on vous demande de restituer des lettres manquantes:
(ligne 5) "avoir le tems" devient alors "avoir le tem(p)s".
Vous agirez donc suivant les conventions que l'on vous imposera, pour la publication de vos textes.
Bon! Et bien maintenant, c'est de nouveau à vous de jouer.
Voici un nouveau texte à retranscrire. Envoyez-nous votre travail de transcription et nous vous renverrons la correction. Mais faites attention, il y a plusieurs pièges (ça ne va pas faire plaisir certainement !).
Bonne chance tout de même.

17542


Pour vous aider tout de même un petit peu, nous vous dirons que le signataire est "Daudé d'Alzon", subdélégué de l'Intendant du Languedoc. Nous verrons d'ailleurs bientôt les problèmes liés à la transcription des noms (souvent difficiles à décrypter).
La correction de cet exercice se trouve sur le cours pdf à télécharger (voir page de
téléchargement).

La suite du cours Samedi 30 Novembre 1996.