QUATRIEME COURS DE PALEOGRAPHIE
sur une idée de
Stéphane POUYLLAU
(étudiant en Licence à l'Institut d'Histoire de
l'université Michel de Montaigne - Bordeaux 3)
14 décembre
1996
Aujourd'hui,
nous allons faire une petite pause.
Nous allons voir ou revoir certaines données qui nous
serviront pour les cours suivants (textes de la fin du XVIe
et du XVIIe siècles).
La plupart des verbes prennent une terminaison en "oit" ou
"oient" à l'imparfait. Cette terminaison remplace notre
"ait" et notre "aient". Prenons par exemple le verbe "être"
("estre" en ancien français) :

D'autres verbes ont une forme différente, qui se rapproche
plus du latin que du français :

Les adverbes suivent alors la même règle:
connoissant
ou
cognoissant,
parroissant,
sollempnisant,
etc.
Mais certains verbes ont disparu de la langue française, ou
ne sont plus employés sous leur forme ancienne: "calader"
(on pourrait dire aujourd'hui "empierrer"), "bladeger"
(semer une terre en blé, seigle, orge, etc.), "esclaper"
(fendre du bois en éclats), "attufeger" (mettre une terre
en culture ou en état d'être cultivé, d'être planté),
"moulser" (équivalent de "traire"), "anter" (pour
"greffer"), "partir" (pour "répartir")...
Pour bien se familiariser avec ces verbes et avec la
langue, n'hésitez pas à consulter des dictionnaires de
"vieux français", comme celui de HONNORAT (présent dans
toutes les bibliothèques et archives de france). Il vous
sera utile très souvent...
Si, comme pour les verbes, de nombreux noms n'existent plus
(ceux utilisés par exemple pour désigner des outils, une
procédure judiciaire ou une pratique agricole), certains
ont changé de forme voire de sens et ne s'écrivent pas
exactement comme aujourd'hui (et nous ne comptons pas dans
ce nombre, les noms et expressions locales, propres à
chaque contrée). On peut en donner deux exemples
significatifs :

Tout comme pour les verbes, certaines formes latines sont
encore perceptibles dans de nombreux mots :

Très rares sont les accents. On ne les utilise presque
jamais dans les textes anciens. Les mots ou les verbes
comportant actuellement la lettre "ê" et "â" adoptaient
alors la forme "es" et "as" :

Mais il y a parfois des exceptions: "despecher"
pour "dépêcher". Tout dépend en fait du scribe qui peut
écrire un même mot, dans un même texte, de plusieurs formes
différentes: il n'y avait pas, nous ne le répéterons jamais
assez, de véritables "raigles d'aurtografes" ;-)
On constate aussi l'utilisation de deux lettres différentes
de manière aléatoire: c'est le cas du "i" et du "y" ("lyer,
foyssoier et byner" pour "lier, fossoyer et biner"). De
même, notre "u" peut s'écrire indifféremment "u" ou "eu"
("encleume", "preudhome"). En languedoc, le "ill" devient
"lh" ("batalhe" pour "bataille"). Il faut donc bien
connaître les subtilités locales du parler ancien afin de
déchiffrer au mieux les mots que l'on rencontre dans un
document d'archive : on n'écrivait pas un mot de la même
façon à Nantes qu'à Perpignan.
Mais le plus difficile dans la lecture des textes anciens,
la pierre d'achoppement pour beaucoup de néophytes, c'est
le mot abrégé. Voici un petit tableau qui donnent quelques
exemples d'abréviations :

Nous aurons
l'occasion de revenir sur ces abréviations, tout au long
des prochains cours, car le XVIIe siècle en a fait une très
large utilisation (et que dire pour le XVIe siècle, ou les
textes latins).
Voila, c'est tout pour aujourd'hui. La suite du cours
Samedi 4 Janvier 1997.
En attendant, nous vous souhaitons à tous de bonnes fêtes
de fin d'année.

