SEPTIEME COURS DE PALEOGRAPHIE
sur une idée de Stéphane POUYLLAU
(étudiant en Licence à l'Institut d'Histoire de
l'université Michel de Montaigne - Bordeaux 3)
15 Février 1997
Cette fois-ci,
nous faisons une nouvelle pause. Certains d'entre vous,
chers amis lecteurs, m'ont demandé de donner explications
plus amples concernant les abréviations. Qu'à cela ne
tienne, nous allons nous pencher sur ce problème.
Comme vous le savez déjà, les écrivains, dans l'Antiquité
et durant tout le Moyen Age, ont voulu gagner du temps tout
en économisant le papyrus ou le parchemin. Afin de réduire
l'écriture, ils ont eu recours à divers procédés.
1) NOTES TIRONIENNES
On attribue habituellement à l'affranchi de Cicéron, qui se
nommait Tiron, l'invention de la tachygraphie latine connue
sous le nom de "notes tironiennes". Ce n'est pas, à
proprement parler une écriture conventionnelle mais plutôt
une écriture littérale. Autrement dit, ses éléments sont
les lettres de l'alphabet majuscule latin, mais tronquées,
liées et modifiées en vue d'une très grande rapidité.
La "note tironienne" que nous trouvons le plus fréquemment
dans les textes du XVIe et du XVIIe siècles est celle qui
remplace les trois lettres "CON" (ou "COM") comme dans
"CONstruction" ou dans "COMparaître". On appelle cette note
le "neuf tironien" car sa forme rappelle celle du chiffre
"9". En voivi un exemple:
"9me"
pour "(com)me"
2) SIGLES
Il s'agit en fait d'une lettre isolée qui représente le mot
dont elle est l'initiale. Nous l'avons déjà rencontré avec
le "MM", pour "M(onsieur) M(aître)". Le sigle le plus connu
aujourd'hui étant le "SAS" pour "S(on) A(ltesse)
S(érénissime)".
3) CONTRACTION
On procède alors, dans la contraction, à la suppression de
lettres. Nous avons déjà vu un exemple de contraction avec
le mot "présent", écrit "pnt". En voici d'autres exemples :
"cauon"
pour "cau(ti)on"
"amde"
pour "am(en)de"
"hans"
pour "ha(bit)ans"
4) LETTRES
SUSCRITES
Cette méthode consiste à inscrire au dessus d'une lettre
une ou deux petites lettres pour indiquer la terminaison
d'un mot :
"adat"
pour "ad(voc)at" (c'est-à-dire "avocat")
"ordre"
pour "ord(inai)re"
" cinqte"
pour "cinq(uan)te"
5) SIGNES
SPECIAUX
L'abréviation par signes speciaux est la plus facile (ou la
plus difficile) à résoudre, comme nous le montre les
exemples suivants :
"p"
pour "p(er)" ou "p(ar)"
"pcur"
pour "p(ro)cur(eur)".
"pps" pour
"p(ro)p(re)s". On distingue bien les deux types
d'abréviations pour "pro" et "pre"
"te" pour
"t(erm)e". Retenez bien l'abréviation du "er" après la
lettre "t".
"xpiente"
pour "chr(ét)ienté". Le "xp" du début du mot sera
souvent utilisé dans tous les termes du type
"chrétien", "christianisme", "christ", "chresme", etc.
Celui qui
voudrait bénéficier d'une méthode rapide et facile de
déchiffrement sera grandement déçu, car la manière la plus
efficace pour résoudre les abréviations reste et restera
celle de se familiariser avec les habitudes graphiques ou
rédactionnelles d'un scribe ou d'un bureau.
Et s'il y a encore, parmi vous, des curieux voire des
insatisfaits, je vous conseille donc de consulter l'ouvrage
de Gabriel AUDISIO, intitulé "Paléographie des écritures
cursives en France du XVe au XVIIe siècles". Il est certes
plus technique mais aussi plus complet quant aux formes
multiples et variées des textes et des ecritures anciennes.
Bon! J'espère n'avoir rien oublié.
Petit exercice pour ne pas perdre la main: voici 8
abréviations à résoudre. Vous devez donner les deux formes
, l'abréviation elle-même et le mot entier (de la même
manière que pour les exemples données dans ce cours) :

La correction de cet exercice se trouve sur le cours pdf à
télécharger (voir page de téléchargement).
A bientôt pour
la suite du cours, le Samedi 1 Mars
1997.

